Pour les élections régionales le NPA présente dans le Vaucluse une
jeune femme qui porte le voile. Il est montré du doigt au nom de la laïcité. A tel point que l'association Ni Putes Ni Soumises – dont la fondatrice siège au gouvernement – a déclaré vouloir
porter plainte contre le NPA. Au delà des questions que soulèvent cette candidature, la première réaction qui vient à l'esprit est de dire à cet ensemble d'hypocrites : surtout pas vous ! Vos
paroles et vos actes violent régulièrement la laïcité. En voici quelques exemples.
De 1946 à 1951 un prêtre en soutane, l'abbé Pierre, fut député sans que cela heurte outre mesure. Plus près de nous, qui fut choqué lorsque Christine Boutin brandissait la Bible dans le temple
républicain qu'est l'Assemblée nationale ? Silence radio quand Dominique Strauss-Kahn faisait sa campagne électorale dans certains quartiers de Sarcelles la kippa vissée sur la tête. Passées
totalement inaperçues en 2008, les élections d'une conseillère municipale voilée sur la liste du maire PCF d'Echirolles (Isére) et sur la liste du maire PS à Creil (Oise). Pas une ligne dans la
presse pour protester quand les Conseils régionaux de gauche plurielle – y compris le PCF et le PG – appliquent non seulement servilement la loi qui accordent des crédits aux écoles libres
(essentiellement catholiques) au détriment de l'école publique, mais mieux y ajoutent une rallonge comme celui de l'Ile-de-France. Pire, il n'y a pas grand monde pour s'indigner quand le
Président d'une république laïque déclare que le curé sera toujours supérieur à l'instituteur.
Faut-il que l'existence du NPA, parti en construction, inquiète à ce point les prêtres de l'ordre établi ?
Sur la candidature d'Ilham Moussaid, la discussion dans le Collectif Communiste Prométhée a dégagé deux points de vue dont le lecteur prendra connaissance à la fin de cet article. Toutefois,
l'unanimité s'est faite pour réaffirmer la caractérisation que faisait Karl Marx de la religion : « La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la
détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle
est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple » [1] L'équipe Prométhée fait sienne les conclusions que Marx tirait de
cette analyse. Cela passe par un travail patient de conviction basé sur le principe suivant « la critique du ciel se transforme par là en critique de la terre. » Il n'existe
pas d'autre façon de concevoir la lutte contre toutes les formes d'aliénation générées par le capitalisme en tant que système d'exploitation et « société fondée sur l'oppression et
l'abrutissement des masses ouvrières » [2].
Après un an d'existence, le NPA évolue sans stratégie politique visible. Les documents adoptés au congrès de fondation sont marqués par le flou, et il n'y a pas que la question de la religion sur
laquelle l'impasse a été faite. La direction est également très peu identifiable : le Conseil Politique National (CPN) est une structure pesante qui n'impulse que très peu les débats, Le Comité
exécutif (CE) administre le parti et une multitude de Commissions élaborent tracts et articles du journal. Dans ce contexte, les Comités sont autonomes.
Les conséquences d'une telle situation sont de plus en plus visibles.
La campagne pour les régionales, et c'était déjà apparent pour les européennes, est marquée par une tendance à l'électoralisme par manque de délimitation politique. C'est ainsi que se manifeste
une certaine tendance à mettre plus l'accent sur des revendications présentées comme possibles à la place de revendications remettant en cause le capitalisme. La présentation du NPA comme la
« gauche de la gauche » afin d'aboutir à un accord stratégique avec le PG, le PCF et d'autres, est une erreur politique qui nous condamne à l’impuissance. Il découle d'une telle
orientation une certaine confusion, une dispersion politique dans laquelle les régions ont conclu des accords à géométrie variable et ont élaboré leur propre plate-forme électorale.
Tout en défendant la nécessité d'une grève générale, l'orientation du NPA durant la période des puissantes journées d’action du premier semestre 2009 répond au même phénomène. Au lieu de défendre
au cœur du mouvement gréviste un programme d’urgence qui remette en cause le capitalisme et de travailler à une mobilisation indépendante des bureaucraties syndicales et de la gauche
institutionnelle, le NPA a signé toutes les déclarations des partis de gauche qui se limitaient à soutenir les choix des directions syndicales. Loin de nous l'idée saugrenue de réécrire
l'histoire, ce premier affrontement général entre le mouvement ouvrier et le pouvoir s'est enlisé dans la tactique des directions syndicales qui cogèrent la crise avec Sarkozy.
La campagne contre la privatisation de la Poste relève également du même processus. Le NPA s'est investi totalement dans l'action commune qui culmina sur la votation où un peu plus de deux
millions de personnes ont exprimé leur refus du projet gouvernemental. Cette action était un excellent tremplin pour organiser une manifestation centrale dans le but de faire céder le pouvoir.
Mais les autres partenaires – partis de la gauche institutionnelle et CGT – n'en voulaient surtout pas. Résultat : l'action s'est éteinte. Aujourd’hui, Sarkozy annonce une nouvelle et brutale
contre-réforme sur les retraites. Le NPA se doit d'appeler systématiquement au front unique. Il doit s’adresser à l’ensemble du mouvement ouvrier politique et syndical. Si cet appel ne trouve
aucun écho – comme c'est prévisible – il faut persévérer. Dans le cas contraire, le NPA participera sans réserve à l'action commune tout en défendant, en toutes circonstances, son propre
programme.
Les militants et les militantes du NPA sont les meilleurs acteurs de la plupart des luttes en cours, c'est tout à leur honneur. Il n'existe guère d'autres partis qui peuvent afficher une telle
réalité. Mais être de toutes les luttes ne fait pas du NPA un parti politique de la lutte pour en finir avec le capitalisme et ouvrir la voie au socialisme. L'action anticapitaliste est identique
sur le terrain électoral et sur celui des luttes. Le résultat obtenu par la position B lors de la consultation des membres du NPA sur l’orientation à mettre en œuvre pour les régionales constitue
le principal point d'appui pour parvenir à ce que le NPA mette au centre de ses préoccupations politiques la lutte de la classe des travailleurs pour son émancipation.
A l'heure où le pouvoir se répand dans une dangereuse propagande sur l'identité nationale toute entière tournée contre les immigrés et essentiellement ceux de confession musulmane, le NPA doit
afficher une ferme pratique de rassemblement des travailleurs sur ce qui fonde leur identité commune : l'appartenance à la même classe, celle des fossoyeurs du capitalisme. Cela signifie être le
parti qui combat sans concessions la politique de Sarkozy pour que les travailleurs ne payent pas la crise du capitalisme, pour que l'Éducation nationale, la santé, la protection sociale et nos
retraites ne soient pas sacrifiées sur l'autel du capitalisme.
Voilà ce que sera la réponse des militantes et des militants du NPA. De toute évidence, le prochain congrès du NPA sera le moment de tirer les leçons de l'action menée et de l'orienter dans le
sens d'un programme indépendant de lutte et de réponses politiques au capitalisme en crise.
1.- Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel. In Marx & Engels Sur la religion. Éditions sociales, 1968, page 42. Les passages en gras
sont soulignés par Marx.
2.- Lénine, Socialisme et religion, 1905, Œuvres complètes, tome 10, page 84.
Positions concernant la liste « la gauche 100% sociale et écologique » présentée en Provence Alpes Côté d'Azur par le NPA et les Alternatifs
(chacune des positions représente la moitié du Collectif)
Position 1
« LA RELIGION, [...] DÉTOURNE L' ATTENTION DU SAVOIR RÉEL VERS UN SAVOIR FICTIF, DE LA LUTTE POUR UNE VIE MEILLEURE VERS DES ESPOIRS MENSONGERS DE RÉCOMPENSE DANS
L'AU-DELÀ ; LA RELIGION EST L'OPIUM DU PEUPLE. CELUI QUI NE COMBAT PAS LA RELIGION EST INDIGNE DE PORTER LE NOM DE RÉVOLUTIONNAIRE.[...] OU
PEUT-ÊTRE ALLEZ-VOUS DIRE QUE LA Religion N'A PAS D'IMPORTANCE POLITIQUE ? QUE L'ON PEUT-ÊTRE UN HOMME RELIGIEUX ET, EN MÊME TEMPS, UN COMMUNISTE CONSÉQUENT ET UN
COMBATTANT RÉVOLUTIONNAIRE ? VOUS NE VOUS HASARDERIEZ PAS à UNE AFFIRMATION AUSSI TÉMÉRAIRE. NATURELLEMENT, NOUS CONSERVONS UNE ATTITUDE TOUTE DE PRUDENCE A L'EGARD DES PREJUGÉS RELIGIEUX D'UN
OUVRIER ARRIÉRÉ. S'IL VEUT LUTTER POUR NOTRE PROGRAMME, NOUS L'ACCEPTERONS DANS LE PARTI MAIS EN MÊME TEMPS NOTRE PARTI
L'ÉDUQUERA OBSTINÉMENT DANS L'ESPRIT DU MATÉRIALISME ET DE L'ATHÉISME ». [Léon Trotski – Lettre ouverte à
Burnham].
Ces propos de Trotski signifient deux choses :
1) la religion est un instrument au service de l’exploitation, elle obscurcit la pensée. On ne peut être religieux et révolutionnaire conséquent. La religion est un refuge illusoire
2) le seul moyen pour combattre efficacement la religion est de combattre pour le programme révolutionnaire, c’est-à-dire pour le renversement du capitalisme, y compris avec les opprimés
croyants, à condition de combattre leurs illusions religieuses.
C’est exactement le contraire de l’affirmation « la religion est affaire privée ». Nous combattons pour qu’elle le soit par rapport à l’Etat (laïcité) ; elle ne doit pas
l’être par rapport au parti. La candidature d’Ilham Moussaïd, qui revendique son voile, met en avant, au nom du parti, non seulement un signe ostentatoire de religiosité, mais la
matérialisation de la soumission à la domination masculine, quelles que soient ses proclamations « féministes » par ailleurs et la façon « dont elle le vit ». C’est une
injure aux femmes qui, dans les banlieues (Vénissieux, Trappes, etc.) et dans le monde entier (Iran, Algérie, etc) se battent contre cet instrument d’oppression qui se présente sous la forme de
la burka, du niqab, du hidjeb ou du foulard. Pour qui prend-on les jeunes des banlieues, en prétendant qu’il faut revêtir l’instrument qui les asservit pour pouvoir communiquer avec
elles ?
Les libertés démocratiques conquises dans ce pays ne s’appliquent-elles pas aux femmes musulmanes ? Le voile serait-il devenu le passeport indispensable pour accéder aux « quartiers
populaires » ?
Position 2
La présentation d'une militante voilée a donné lieu à de vives discussions et à de violentes polémiques . A ce sujet il nous semble indispensable de faire les précisions suivantes :
- cette militante du NPA défend le programme du parti ; elle est pour l'avortement, pour la contraception, contre l'homophobie et contre les subventions à toutes les écoles religieuses ;
- elle est pour l'interdiction des licenciements, pour la lutte des classes et contre le capitalisme.
Elle est donc mille fois moins réactionnaire que certaines militantes non voilées du PS et du PCF et ce programme va dans le sens de l'unité de tous travailleurs, français et immigrés, et de
leurs organisations contre le gouvernement Sarkozy-Fillon.
Certes elle porte le voile, mais on peut avoir des préjugés religieux et être laïque :
- adhérente du NPA elle a rompu avec bien des croyances sur le capitalisme et sur les appareils contre révolutionnaires et donc, elle a effectué dans le sens de la révolution, biens plus de pas
que des millions de travailleurs non religieux et de militants du PS et du PCF.
- militante du NPA , elle peut donc parfaitement représenter le parti lors d'une distribution de tracts dans la rue ou aux portes des entreprises et elle peut parfaitement le représenter dans une
réunion unitaire. Par conséquent , au nom de quoi, ne pourrait- elle pas représenter le NPA dans une élection ?
Le seul critère qui doit nous permettre de prendre la décision de présenter telle ou telle candidate est sa place dans la lutte des classes et non pas la volonté de s'adapter à ce que l'on croit
être la population d'un quartier. « Si un prêtre vient à nous pour militer à nos côtés et qu’il s’acquitte consciencieusement de sa tâche [...] nous pouvons l’admettre dans les
rangs de la social-démocratie, car la contradiction de l’esprit et des principes de notre programme avec les convictions religieuses du prêtre, pourrait, dans ces conditions, demeurer sa
contradiction à lui, [...] si, par exemple, un prêtre entrait au parti social-démocrate et engageait à l’intérieur de ce parti, comme action principale et presque exclusive, la
propagande active de conceptions religieuses, le parti devrait nécessairement l’exclure de son sein » [ Lénine, De l'attitude du parti ouvrier à l’égard de la religion, mai 1909]
Pour toutes ces raisons, nous défendons la candidature de cette militante du NPA, que le parti, dans le cours de la lutte des classes, s'efforcera de convaincre de la validité du matérialisme et
de la dialectique.
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